Imaginons un instant une réalité parallèle, dystopique et fantastique, mais avec tant de parallèles avec celle que nous connaissons qu'il est impossible de ne pas regarder en arrière, vers le passé récent, et en avant, en direction de notre présent précaire et de notre avenir incertain. En mars 2020, le Peste du virus informatique Wurm, avec son épicentre à Wuhan (Chine), a ébranlé les fondements de l’économie mondiale, fortement dépendante de la cybertechnologie. Cette catastrophe a été le catalyseur d'un nouvelle guerre froide entre puissances décadentes et émergentes. L’Union européenne, au lieu de rester à l’écart et de bénéficier d’une position neutre, a pris parti, ce qui a entraîné un nouveau revers économique et une plus grande subordination de la périphérie la moins développée du continent. Le « miracle économique » de Projet Taupe, des travaux de fracturation hydraulique à grande échelle pour obtenir une source d’énergie lucrative, n’ont été que le déclencheur du véritable désastre. Le tremblements de terre Ils ont proliféré partout, laissant les centres urbains en ruine et socialement lumpenisés, où les mafias imposaient leur loi. La périphérie, plus moderne, résiste mieux, et devient le nouveau quartier « respectable » des villes.
Et nous arrivons ainsi à 2029, point de départ de Désida, la bande dessinée auto-éditée de Bardéo cela nous préoccupe aujourd’hui. Beaucoup n'ont pas été amusés que Keriot, chanteur et claviériste du groupe qui donne son nom à l'œuvre, revienne sur scène après une période de retraite et, au milieu d'une interview en direct, doive se défendre de la sécurité, qui tente de l'expulser du plateau. Alors qu'il prend son arme, on voit une flèche avec P1 (joueur 1) apparaître au-dessus de sa tête...
Pour l’introduction de cette revue, j’ai fait référence au panorama décrit comme « réalité parallèle » par rapport au monde réel, mais, en fait, l’une des principales caractéristiques de cette bande dessinée est qu’elle présente deux plans parallèles. Et, comme vous l'avez peut-être deviné, ce qui a été décrit jusqu'à ce moment-là c'est arrivé dans un jeu vidéo. La « réalité », au sein de l’univers fictionnel de l’œuvre, commence en mai 2021. C’est un monde moins chaotique que celui décrit, mais il n’est toujours pas exempt de problèmes économiques, d’incertitudes et de troubles. Le protagoniste de cette histoire est Uli, un homme en fauteuil roulant qui a découvert un mystérieux jeu vidéo Désida dans un forum Internet situé sur l'ancien réseau mondial, en dehors du réseau d'État exempt du virus Wurm, violant les règles de distanciation informatique (c'est-à-dire « réalité » et jeu vidéo convergent vers ce point, en s'appuyant sur ces événements comme point de départ de sa démarche). Un autre personnage apparemment important est Laurent, une danseuse au chômage qui fréquente un séance de motion capture pour un jeu vidéo, comme le frère de Jordan Mechner dans Prince de Perse. Celui dans lequel, comme nous le verrons, des choses quelque peu étranges vont se produire.
En revanche, dans le jeu vidéo auquel joue Uli, nous avons ce qui précède Kériot, le jeune chanteur et claviériste à la coiffure rappelant le style japonais, long mais à la fois pointu, qui luttera contre le système oppressif des technocrates brandissant son pied de micro transformé en arme avoir un grand couteau bien aiguisé placé à sa place (et en compagnie d'un chat avec un foulard rouge noué autour du cou). Reste à savoir dans quelle mesure les deux mondes sont si éloignés.
![[Critique] Désida](https://combogamer.com/wp-content/uploads/2023/03/Desida-Uli-1024x766.jpg)
Désida C'est une bande dessinée avec une grande charge politique. Utilisant un contexte fictif comme arrière-plan, mais avec des références évidentes à notre époque turbulente, Bardeo réalise une critique sociale sévère. Vous n'avez pas besoin d'être un lynx pour voir le virus informatique Wurm, un cyberéquivalent du Covid-19 (ils sont même originaires du même endroit !). Le nouvelle guerre froide Que cet événement l’ait exacerbé, nous le vivons aussi dans notre chair, et de manière de plus en plus déchirante car, tout comme dans la bande dessinée, l’UE a été incapable de ne pas intervenir, même au détriment de ses propres intérêts. Le crise économique pérenne, structurelle pour beaucoup, également à partir de 2008, avec un nom quasiment identique (faillite de Lemmond Bros.), ainsi que le manque de souveraineté des pays les moins riches de l’UE. Mágeryt (la ciudad en la que transcurre la acción en ambas realidades) es claramente Madrid, y no sólo por lo similar de su fonética, sino por sus enclaves bastante reconocibles, como es el caso de la Puerta del Sol. Ahí transcurre una manifestación que recuerda a la de aquel 15M. Para quienes nos lean desde otros países, fue una manifestación de proporciones colosales que tuvo lugar el 15 de marzo de 2011 que devino en movimiento. Una especie de mayo del 68 a la española y en el siglo XXI y que, desde mi punto de vista, fue el catalizador de la crisis en el plano ideológico casi en la misma medida que la de 2008 lo fue en el económico.
En relación a este tema, hay dos cosas que me gustaron especialmente. Una, la sublime representación de la televisión, en particular sus presentadores y tertulianos, como burdos propagandistas que sólo son neutrales de labra. Otra, el hecho de que Uli, teniendo claras inquietudes políticas, sea un desencantado de entre (y de) los desencantados. No podría sentirme más identificado.
![[Critique] Désida](https://combogamer.com/wp-content/uploads/2023/03/Desida-Tertulianos-1024x771.jpg)
Con respecto al grafismo, el autor nos ofrece un estilo bastante personal con un notable potencial descriptivo y expresivo, con cierto regusto underground, y con un marcado dinamismo en las escenas de acción (líneas cinéticas, efectos de golpes, onomatopeyas…). Pero lo más notable se encuentra en el tratamiento del color. Mientras que el mundo real aparece en el blanco y negro más absoluto, las escenas del videojuego se tornan a todo color (y con un logrado efecto de luminosidad en ciertos momentos, como cuando se nos revela Keriot como un personaje de videojuego). El diferente tratamiento del color según la situación constituye, sin duda, de un recurso narrativo muy poderoso, tal y como pudimos ver en Les rainures du hasard. Si en uno el pasado parecía más vívido tangible y, en definitiva, real que el propio presente, aquí es el videojuego el que prevalece sobre el mundo real.
El presente volumen de Désida (que, por cierto, es en tapa dura) es sólo el principio. Así lo sugiere el mismo comienzo, cuando, junto al título principal, aparece especificado “Acto I” y, conforme llegamos al final, lo constatamos al ser testigos de tantas preguntas sin respuestas. Espero que Bardeo saque adelante su segundo tomo, pero, de momento, podéis haceros con él en formato físico en Gumroad y en Amazon en versión Kindle. Desde Combogamer, le agradecemos de corazón habernos confiado un ejemplar para esta reseña (¡y dedicado, por si fuera poco!).
![[Critique] Désida](https://combogamer.com/wp-content/uploads/2023/03/Desida-Color-915x1024.jpg)


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