[Revue] Les grooves du hasard

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Temps de lecture : 7 minutes
Dessin
Paco Roca
Scénario
Paco Roca
Éditorial
Éditions Astiberri
Genre
Historique, politique, guerre, drame
Année de parution
2013

Port d'Alicante, 28 mars 1939. Une foule se rassemble autour de la jetée avec une expression abattue et un air sombre et plein d'inquiétude. Soudain, un navire s'approche. En raison du blocus maritime, cela ne peut signifier que deux choses : soit il s'agit d'un navire de guerre ennemi venant achever ce qu'il a commencé, soit d'un navire de sauvetage. Après une première incertitude, non sans inquiétude quant à la possibilité que ce soit la première option, celle-ci se transforme en joie désespérée lorsqu'on vérifie que C'est un navire civil. Les efforts des dernières troupes pour remettre de l’ordre sur place sont vains. Une grande masse d’humains se presse à bord. Malgré les avertissements de son subordonné sur la possibilité que le navire puisse couler (tellement de personnes étaient déjà à bord que sa capacité a triplé), le capitaine attend le plus longtemps possible pour mettre les voiles. Lorsqu’il décide de le faire, l’amertume et le remords sont visibles sur son visage. Il y en a encore trop qui sont restés sur le terrain.

Comme s'il s'agissait d'un autre plan de réalité, on voit alors des gouttes de pluie tomber abondamment sur les voitures garées tandis qu'une personne contemple distraitement le tableau depuis la table de la voiture. Hôtel-restaurant français. Lorsque le serveur le sort de sa rêverie en lui demandant s'il veut encore du café, il en profite pour lui demander l'emplacement de quelques indications notées dans son carnet (rue d'Hautville). Ce n'est pas trop loin donc vous pouvez vous y rendre à pied. Lorsqu'il sonne à la porte, un homme d'âge moyen lui ouvre la porte, mais dans la maison voisine, qui lui demande qui il est. Le visiteur Il se présente comme étant Paco. Il vient d'Espagne à la recherche d'un certain Miguel Ruiz, quelqu'un qui, apparemment, Il a combattu contre l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale sous le commandement du général Leclerc.. Son interlocuteur ne semble pas très convaincu que le vieil homme veuille lui parler, mais, voyant sa bonne volonté, il lui demande de s'y présenter à nouveau le lendemain à 10 heures, après sa promenade matinale. Malgré ses réticences, j'essaierais de le convaincre...

[Revue] Les grooves du hasard
Au grand regret du capitaine, ils ne peuvent plus secourir de personnes.

C'est comme ça que ça commence Les rainures du hasard, le roman graphique historique monumental de Paco Roca, publié par Astiberri en 2013. Fruit de cinq années de travail, entre documentation historique, scénario et dessin, cet ouvrage est une merveille dans la représentation des détails de cette réalité. Une réalité dure, triste et difficile, certes, mais aussi pleine d’espoir, d’engagement et de perspectives de lutte pour un avenir meilleur. Quelque chose qui, au grand malheur de beaucoup, s'est estompé au fil des années, dans un phénomène universel étroitement lié aux particularités historiques espagnoles. Et une expression de ce processus est Michel Ruiz. À ceci ex-combattant républicain fictif (enfin, plus précisément anarchiste, ce qui n'est pas exactement la même chose) Quelque chose lui pèse plus que son âge avancé et ses problèmes de santé. Sentez-vous sur vos épaules toutes les années de abandon, oubli et négligence que lui et son peuple ont reçu en échange de toutes leurs années de jeunesse perdues dans la lutte contre les puissances de l'Axe, d'abord pendant la guerre civile espagnole puis pendant la Seconde Guerre mondiale. Profondément désenchanté et réticent à devoir se remémorer un passé désagréable et traumatisant, il hésite d'abord à partager ses expériences avec Paco. Ce dernier, d'ailleurs, n'est pas un simple homonyme de l'auteur, mais une incarnation de celui-ci sur papier, soulignant ainsi ce sentiment de proximité.

Nous sommes donc avant une histoire avec un fil fictif, mais avec une puissante charge de vraisemblance car son contexte est basé sur des événements réels. Le départ angoissant du Stanbrook (car c'était le nom du navire qui évacuait autant de personnes qu'il pouvait) du port d'Alicante ; comment les démocraties occidentales les ont traités comme s'ils étaient des pestiférés (qui, même avec la guerre déjà perdue par la république, n'ont pas abandonné l'attitude hostile qu'elles ont manifestée dès le début de la lutte contre le soulèvement de Franco) ; le sort qui attendait de nombreux hommes prisonniers dans les camps de concentration d’Afrique du Nord (contrôlés par la France collaborationniste) ; la mort du poète Antonio Machado dans la misère de l'exil (le titre de la bande dessinée, Les rainures du hasard, est un hommage à lui, une allusion à un de ses poèmes) ; l'opportunisme de nombreux commandants français, qui se sont rangés du côté des Alliés dès qu'ils en ont vu l'occasion ; la déshumanisation de l’ennemi pour tenter d’éviter de sombrer dans la folie ; la survie de vieilles rivalités au sein du camp républicain ; l'apparition de personnages historiques tels que Le général Charles de Gaulle (leader de la France Libre), Général Philippe Leclerc (architecte de la libération de l'Afrique française), Capitaine Raymond Dronne (chef de la 2e division blindée ou division Leclerc), ou Lieutenant Amado Granell (à la tête de la 9ème compagnie, « les Neuf », formé en grande partie par des républicains espagnols) et ainsi de suite.

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[Revue] Les grooves du hasard
Le traitement réservé par la France aux exilés républicains a toujours été mauvais, mais il s'est considérablement aggravé sous le gouvernement pro-nazi.

Il graphique de esta obra es fiel al más puro estilo Paco Roca. El trazado sencillo y minimalista que le caracteriza permite una síntesis visual que resalta aquello que más importa, como unos rostros para los que no necesita grandes alardes a la hora de mostrar sus rasgos más característicos y sus expresiones faciales. O cuando, por ejemplo, sucesivos panoramas similares entre sí, pero con detalles que les diferencian, como el movimiento del oleaje, le confieren una sensación de escena cinematográfica. La distribución de viñetas está cuidada al milímetro, predominando la simetría y homogeneidad en su distribución (por ejemplo, tres filas y dos columnas perfectas de viñetas en una página entera), a menudo con un claro significado narrativo, como contraponer dos realidades cronológicas contrapuestas. A esto último contribuye especialmente la distinta aplicación del color. La actualidad es presentada en blanco y negro, con una escala de grises muy sutil, mientras que los flashbacks aparecen a todo color. De este modo, el pasado resulta mucho más vívido que el presente, una representación gráfica de un anciano Miguel que, en sus propias palabras, apenas recuerda dónde dejó las llaves, pero sí los detalles de sucesos de hace más de setenta años.

En conclusion, Les rainures du hasard es una novela gráfica extensa, de más de trecientas páginas, con una historia cocinada a fuego lento, en la que pasado y presente se entrelazan en tensión constante bajo un grafismo sencillo, pero tratado con un cuidado exquisito. Su argumento, que combina ficción y realidad histórica, es una ventana de conocimiento a una época dura, pero cargada de esperanza, pero, sobre todo, un homenaje a aquellos que dieron su vida por detener al fascismo y que no recibieron, ni de lejos, el reconocimiento que merecían y merecen.

[Revue] Les grooves du hasard
Pasado y presente se contraponen en color y, en este caso, en la colocación de las viñetas.
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